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Fragonard Amoureux, ah le coquin.

     Vendredi, matin, froid, pluie, mais le Musée du Luxembourg a su réchauffer mon cœur. Il est rare que je sorte d'une exposition aussi contente, rien à redire ou presque (allez, si tu veux, on chipote, tout en bas de l'article). Une exposition fort bien menée, du début à la fin, pas de salle plus faible qu'une autre. Un thème bien problématisé, dont on voit l'évolution des questions autour de ce dernier de salle en salle, bien introduit, bien expliqué. Les textes sur les murs ne sont pas à rallonge, mais concis et exposent bien le pourquoi du comment de la salle.

affiche_fragonard

Expo jusqu'au 24 janvier 2016.         19 rue Vaugirard, 75006, Paris.

     Bien sûr, qu'il a fallu se faufiler entre deux groupes, car entre nous … c'est juste insupportable d'être poursuivi ou embouteillé par des groupes et leurs guides, quand on en fait pas partie. L'exposition doit être invivable, inregardable s'il y a du monde, peut-être, mais ce n'était pas le cas pour moi ce jour là.

     Je ne suis d'habitude que très peu friande des œuvres des peintres académiques du XVIIIème siècle, mais je me suis laissée tentée parce que... Je ne sais pas, c'est à côté de chez moi ? Et puis sans être une fan de Fragonard, je savais qu'il avait travaillé avec un peintre que j'affectionne pour d'inexplicables raisons : Jean Siméon Chardin. Ce que j'ai aimé dans les œuvres de Fragonard, présentées au Musée du Luxembourg, c'est la manière de peindre qui diffère selon les plans, l'attention portée au paysage mais sans trop être pris sérieusement. C'est peut-être cela qui m'a touché, en dehors du fait d'appartenir à l'Académie Royale de peinture et de sculpture, il y a une sorte de nonchalance maîtrisée dans certaines parties d'une œuvre alors que d'autres en sont soulignées par le soin du détail et du travail de la matière picturale.

Pourquoi suis-je si contente de cette exposition ?

     Parce qu'il n'y a pas trop d'œuvres qui se tirent des ballent les unes sur les autres et qui provoquent un capharnaüm visuel, pas de répétition. Les artistes, en dehors de Fragonard sont choisis pour leurs thèmes, leurs liens, accords et différence avec lui. François Boucher est bien sûr très présent mais pour montrer à quel point ses leçons ont été retenues et dépassées par l'élève. On comprend le chemin qui a mené au libertinage, comme point culminant un peu "Olé Olé" de l'exposition, avec les œuvres destinées aux boudoirs ou maisons closes et estampes de romans. On perçoit le côté coquin de Fragonard, sans pour autant être sulfureux - on laisse cela à l'exposition du Musée d'Orsay, Splendeurs et Misères -, dans une subtilité qui ne manque pas d'humour, pour autant. Enfin l'exposition s'achève sur un retour à l'amour connecté aux sentiments, on laisse le libertinage de côté pour se poser la question de la réciprocité, autre question, autres tourments...

C'est un shmilblick vraiment bien ficelé avec une abondance de jeunes femmes aux seins découverts, à la peau marmoréenne et aux joues rosies de chaleur amoureuse et d'émoi. (Ou la la)

Bref, c'est pas ici que vous verrez du zizi.

Si, vraiment, tu veux qu'on chipote :

  1. Alors oui, un petit, tout petit, mini détails : il est abordé la question de la reconnaissance du "quand y a-t'il viol ?", car il y a le thème de la "vaine résistance", sujet épineux, certes, qui n'est pas le point d'orgue de l'exposition, mais il en est fait mention. Le seul mini détails qui peut piquer ma critique, peut-être, éventuellement, si on insiste, ... c'est que l'image de l'exposition, choisie pour être la tête d'affiche, c'est l'œuvre Le Verrou, 1774-1778. Oui, et bien il y a un peu tergiversation sur est-ce qu'elle veut ? N'est-elle pas un peu pressée par le désir de son amant ? C'est dans l'exposition que c'est évoqué au sujet de cette œuvre.
  2. Et une ultime petite remarque, il aurait été drôle de donner une petite notice des iconographies de l'époque pour que les visiteurs puissent décrypter tous les petits symboles sexuels, et pour comprendre les discours picturaux très coquins qui se cachent sous de jolies compositions.
 

Marie

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Pinling Huang, L’huile légère – Galerie Paris horizon.

C'est un ami qui, un mardi après-midi, m'a dit « veux-tu qu'on passe dans la galerie pour laquelle je travaillais ? » - oui bien sûr, pourquoi pas ?

     Petite galerie certes, murs blanc, plafonds blancs, sol gris clair, mais chaleureusement aseptisée, c'est l'épithète qui me vient à l'esprit. C'est une galerie qui rend visible les artistes émergents de la scène contemporaine d'Asie. En ce moment c'est l'artiste taïwanais Pinling Huang qui est présent à travers ses œuvres dans l'exposition D'ailleurs*.

     Les toiles sont recouvertes de peintures à l'huile travaillée dans sa liquidité, les couleurs allant des pastels aux tons plus profonds comme le bleu marine ou le vert sapin. Ce sont des paysages, il y a un calme, une sérénité qui se dégage de certaines toiles, tandis que dans d'autres j'ai eu l'impression que les éléments de la nature se déchaînaient. Je n'ai pu m'empêcher de penser aux aplats de couleur de Gauguin de ses Cavaliers sur la plage, 1902**, dans une version où toute forme humaine ou animale est évacuée pour te faire entrer dans un espace de suspension du temps de l'œuvre, un peu comme si tu étais ce voyageur de Caspar David Friedrich seul face aux paysages de Pinling Huang qui remplacent la mer de nuage de l'œuvre Le voyageur au dessus de la mer de nuages, 1818***.

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     Chose qui m'a amusée ce sont les toiles rondes (regarde sur le site de la galerie), comme une fenêtre œil de bœuf qui donne sur l'intérieur du travail de l'artiste. La deuxième chose qui m'a beaucoup amusée, ce sont les flaques de verre teintée, posées sur des supports opaques blanc et qui pouvait faire penser à un énorme déplacement et décalage du vitrail, au lieu d'être à la verticale et de pouvoir voir à travers, il est posé sur une surface opaque, à l'horizontale. Au lieu d'être « encadré », d'être de forme polygonale, c'est une flaque sans cerne autour. Les couleurs ne sont pas cloisonnées mais elles se mélangent... Bon, je suis peut-être partie un peu loin, c'était peut-être aussi une extension et déformation de la bille plate ? Qui sait ?

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N'est-ce donc pas cela le jeu mystère de l'art contemporain, que de voir, ce qu'on veut bien projeter ?

Just in case, clique :

http://www.galerieparishorizon.net

Allez, bouge de là, va voir par tes propres globes oculaires.

Marie

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