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Vivre pour l’art – Jacques Doucet / Yves Saint Laurent.

Exposition jusqu'au 14 février 2016 - Fondation Pierre Bergé, 5 avenue Marceau, Paris.

    Ce qu'a voulu Pierre Bergé, c'est établir des liens, une comparaison entre Jacques Doucet, grand couturier et collectionneur (1853-1929) et Yves Saint Laurent (1936-2008), que l'on ne présente plus, en sélectionnant des pièces de mobilier, des tableaux, des sculptures ayant appartenues à l'un et à l'autre, et quelques pièces qui ont été à l'un puis acquises par l'autre. (allant de Jacques Doucet à Yves Saint Laurent, bien entendu)

    On se retrouve donc dans une exposition dont la scénographie* constitue une synthèse, une combinaison imaginaire de deux lieux espacés dans le temps et l'espace - deux appartements différents - . C'est donc dans un espace qui n'est pas tout à fait une REconstitution que l'on déambule. L'exposition est petite, certes, mais c'est une expérience douce et chaleureuse. C'est un peu comme entrer chez quelqu'un dont l'appartement nous coupe le souffle. On pourrait faire "Wow" pendant des heures que ce ne sera jamais suffisant et que nos cordes vocales nous lâcheraient, sans que nous ayons pu exprimer tout notre émerveillement.

*Par Nathalie Crinière

    Les trois premières salles sont celles pour l'intérieur Jacques Doucet, les 2 suivantes (un peu plus grandes) pour l'intérieur Yves Saint Laurent, on y voit même un bar pensé par Saint Laurent lui même. Les références se bousculent mais tout est à sa place, un enchaînement comme si l'on lisait le papier perforé d'une boîte à musique.

     1 Tabouret curule de Pierre Legrain (c. 1920-1925), 2 la Muse endormie de Brancusi (1910), 3 La charmeuse de serpents du Douanier Rousseau (1907), 4 Sur la plage de Manet (1873), 5 Il Ritornante de Chirico (1917-1918), 6 Composition avec bleu, rouge, jaune et noir de Mondrian (1922), 7 Portrait de Don Luis María de Cistué y Martinez de Goya (1791), 8 La blouse rose de Modigliani (1919), 9 Le profil noir de Fernand Léger (1928), 10 L'homme à la guitare de Picasso (1912), 11 les Portraits d’Yves Saint Laurent d'Andy Warhol (1972), des pièces d'Eileen Gray, des miroirs avec les cadres comme des sortes de branchages... Tout cela dans un même lieu, c'est touchant, intime, comme un lieu secret, un musée imaginaire ou encore mieux : l'intérieur d'une lampe de deux génies. Parfois j'ai eu l'impression que le mobilier, les sculptures et les tableaux étaient mis en scène comme s'ils étaient des reliques qui portaient en elles une petite part des esprits de Doucet et de Saint Laurent.

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Chipotage tiré par les cheveux :

Si, moi, Marie, j'avais pu ajouter une touche farfelue, grâce à des fonds illimités et des fous qui me trouvent géniale,... j'aurais fait des projections holographiques de Jacques Doucet et d'Yves Saint Laurent dans l'exposition qui se baladent ou s'installent sur une chaise exposée.

...

Quoi ? On l'a bien fait pour Tupac au festival de Coachella en 2012, permettant à Dr Dre et Snoop Dogg entre autres de faire bouger des fesses au rythme de paroles aux phrasés entraînants en chantant avec Tupac.

(#Lazaruseffect)


 Affinités spirituelles dans l'appréciation du beau, c'est une exposition qui retranscrit bien des choses, soulignent des convergences de choix et de sensibilités artistiques de deux personnes qui ne se sont jamais croisées, qui n'ont même pas foulé le sol de cette planète simultanément...

(#LogorrhéeLyrique)

Je suis intimement persuadée que le commissaire Jérôme Neutres, la scénographe Nathalie Crinière et le décorateur Jacques Grange ont fait une séance de spiritisme autour d'une table de Oui-ja pour se mettre d'accord avec Yves Saint Laurent et Jacques Doucet en même temps.


Marie 

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Picasso.Mania

Exposition au Grand Palais jusqu'au 29 février 2016.

Comment est-ce vendu ?

  • Trois années de préparation par le commissaire général Didier Ottinger, directeur adjoint du Musée national d’Art moderne - Centre Pompidou ; les commissaires Diana Widmaier-Picasso, historienne de l’art (accessoirement la petite-fille de Picasso), et Émilie Bouvard, conservatrice au Musée national Picasso-Paris.
  • Une exposition chronologique et thématique, qui retrace (seulement) 3 grandes (? les autres seraient-elles moindres ?) étapes artistiques de Picasso, le cubisme, les années 1930 et les œuvres tardives, l'accueil reçu à l'époque, ainsi que la presque omniprésence dans les paysages artistiques de son époque et encore aujourd'hui.
  • Le sujet central, c'est Picasso, il est le liant entre tous les artistes, ces "superstars" de l'art, il est le sujet, le début et il est présent encore à la fin.

Comment ai-je perçu ?

  • "Ça aurait pu être vraiment bien", oui l'exposition aurait-pu être vraiment bien, mais elle semble ressasser des choses que l'on aurait pu voir et lire dans d'autres expositions, ou dans la rétrospective de chacun des artistes présentés en ce lieu, à cette occasion. Il est dommage d'avoir attribué un artiste, un seul, à une période ou œuvre de Picasso, c'est mon avis certes, mais je crois que cela appauvrit l'impact voulu par l'exposition, qui si je peux me permettre de résumer, portait sur l'écrasante importance de Picasso sur le monde de l'art contemporain, tel un gourou et la sorte d'unanimité qui règne autour de lui.
  • Un choix de périodes qui en évacuent d'autres, c'est dommage d'avoir passé sous silence ou presque la période bleue pour ne montrer que les périodes déjà connues et reconnues, c'est peut-être qu'un détail pour certains mais ... ça m'a manqué.
  • Un peu trop marketing à mon goût, pourtant la manière d'accrocher comme une reconstitution de ce que cela aurait pu être du temps de Picasso, de la façon dont il aurait pu lui-même réaliser l'accrochage est une approche vivifiante car elle "personnalise" l'exposition. Cela reste tout de même un peu, beaucoup, une ode aux superstars de l'histoire de l'art contemporain.
  • Absence de Francis Bacon, pourquoi ? Des soucis à obtenir des œuvres ? Mystère, mystère...  ça je l'ai remarqué mais, Olivier Cena, n'y est pas allé de main morte pour souligner un impact "négligé".
  • Certaines salles sont, à mon avis, mal amenée, l'explication est trop succincte ou abstraite pour appréhender la scénographie à suivre ou la présence de telle ou telle œuvre.

     L'exposition n'est pas parfaite, c'est sûr, mais une vraiment bonne raison d'y aller, c'est de voir dans un même lieu, autant d'œuvres de Picasso et de "SuperstARTs" (oui, je suis fière de ce mot) c'est tout de même une chance d'aller approcher ces œuvres qui ne sont peut-être pas toujours des plus accessibles. Même si j'aurais aimé voir des œuvres physiquement rapprochées de celles de Picasso pour vraiment comparer et établir des liens, rien ne nous empêche de faire ces rapprochements dans notre tête, dans notre propre version imaginée de l'exposition, en s'inspirant du Musée imaginaire d'André Malraux.

Marie

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Images :

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Le Musée Carnavalet : Un chant d’amour pour Paris

     Un samedi après-midi, après avoir trouvé les précieuses cartouches papier-photo pour mon Polaroïd, à la boutique Impossible Project, en flânant, ça et là, je me suis retrouvée devant l'entrée du Musée Carnavalet. Je me suis dit « YOL», j'y vais.

     Il y avait peu de visiteurs – bien moins que dans les rues du Marais en tout cas –, relation de cause à effet ou simple corrélation, le personnel était extraordinairement agréable. La carte étudiante en Histoire de l'Art à la main, je fais la queue pour un ticket. J'entends « ticket gratuit », du coup, je range mon petit sésame pour les tarifs réduits un peu vexée. C'est toujours un peu surprenant un musée avec une exposition temporaire, gratuite, avec peu de visiteurs, un samedi. (c'est un peu le tiercé gagnant)

     J'y étais déjà venue au Musée Carnavalet, une fois pour l'exposition Les couleurs du ciel, je m'y étais rendue surtout pour voir des œuvres de Simon Vouet. En revanche je n'avais pas visité le musée en dehors des salles de l'exposition temporaire.

     Il faut l'avouer, au niveau de la circulation dans les différentes parties du Musée, soit je ne suis pas douée, soit c'est Poudlard, en empruntant tel ou tel escalier je me retrouvais partout, SAUF là ou je voulais atterrir. Il y a des salles avec du mobilier, des petites reconstitutions de salons et de chambres, d'habitude je ne suis pas très fan de mobilier, mais comme c'est présenté avec des œuvres peintes, j'ai bien apprécié. C'est comme visiter un hôtel particulier ou un album photo, c'est la sensation qui m'est restée. Une ballade temporelle de Louis XV à l'Art-Nouveau et même jusqu'aux peintures du débuts des avants-gardes. Les petits espaces de jardins sont, quant à eux, de véritables petites aires de repos spirituel, avec de petits bancs verts les uns loin des autres.

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     Bien sûr que toutes les œuvres du Musée ne sont pas de la même facture, de la même «qualité»*. Mais l'ensemble est harmonieux, joli, je n'ai pu m'empêcher de me croire dans une boîte à musique et dans la salle de bal je me refaisais la scène du dessin animé Anastasia... (des images, me reviennent, comme un souvenir tendre..) Oui je suis partie un peu loin, peut -être... Tout ça pour dire que l'ensemble fonctionne. Il n'est pas nécessaire d'étudier au cm2 près chaque œuvre exposée, chacun sa visite et cela permet de s'attarder sur d'autres œuvres lors d'un prochain tour. Le fait même qu'il y ait des œuvres qui attisent la curiosité tandis que d'autres non, ou moins, cela souligne d'autant plus la capacité à captiver de ces œuvres qui nous accrochent le regard.

     Ce qui m'a touché dans l'exposition sur la Révolution Française, c'est le souci d'intelligibilité qui a dû préoccuper les commissaires d'exposition. Tout n'est pas qu'une ode à la liberté dans la Révolution Française, et non, le 14 Juillet n'est pas la date de la Révolution en elle même, c'est le jour de la prise de la Bastille, certes mais on nous rappelle que l'abolition des privilèges et des droits féodaux n'est arrivée que plus tard en août 1789, le 4, avec l'adoption de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen le 26 de ce même mois (wiki est ton ami). C'est important car des œuvres peintes prennent le rôle d'archives, de témoin pictural, et même si ces toiles ne sont pas toutes terminées, elles appuient sur l'urgence de laisser une trace de ce temps là, ce qui est extrêmement appréciable à mes yeux pour une exposition sur une période aussi marquante de l'Histoire de France.

     Enfin, je me suis retrouvée au début, oui … c'est compliqué à saisir mais j'aurais sans dout mieux fait de commencer par la salle « proto-historique » de la ville de Paris, mais j'y suis allée un peu comme si je faisais ce qu'il me plaît. Cela ne m'a pas dérangé plus que cela, j'ai même trouvé que la salle était assez petite pour ne pas être ennuyante, car l'archéologie, n'est pas mon fort et en même temps assez documentée pour être intéressante. C'est sur la ville de Paris, ancienne Lutèce et c'est grâce à cette dernière pièce que j'en sui venue à dire « Ce musée est amoureux de sa ville ».

Juste parce que c'est beau :

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* – Et encore, j'apprécie peu cet épithète pour les œuvres d'art. C'est un jugement en rapport avec l'histoire de l'art qui a été faite, et dont les acteurs ont décidé qu'untel était plus important qu'un autre, c'est ainsi que l'on assiste aujourd'hui à des « redécouvertes » d'artistes passé(e)s sous silence ou peu étudié(e)s. Ne soyons cependant pas trop durs, car ces « choix » sont ceux qui permettent un renouvellement et des relectures en histoire de l'art. D'autant plus qu'il est probable que l'on ne soit jamais exhaustif. C'est peut-être en cela que réside la Beauté de la discipline à mon sens –.

On squatterait bien les bancs pour lire dehors, aux premiers rayons chaud du soleil... hum, Je note.

Marie

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