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Louis Garrel et ses deux amis

Louis Garrel, on aime ou on déteste. Personnellement, je ne peux résister au charme de cet homme dont le jeu d'acteur et l'attitude nonchalante me séduisent grandement. Le jeune Garrel signe son premier long-métrage avec Les Deux Amis, coécrit avec Christophe Honoré et sorti en salle le 23 Septembre, un film qu'il juge lui-même de « typiquement français, dans la mesure où il est sentimental ». On le retrouve alors à la fois devant et derrière la caméra, puisqu'il incarne un des protagonistes du film. Mais qu'en est-il?

C'est l'histoire de deux amis, Clément et Abel, deux âmes errantes qui mènent des vies peu passionnantes dans la jungle urbaine qu'est Paris. Clément fait de la figuration de cinéma, tandis qu'Abel, jeune poète improvisé, travaille lui dans un garage. Clément est un coeur d'artichaut docile, maladroit à tendance dépressive, tandis qu'Abel est un bourreau des coeurs ténébreux et égocentrique. Cette amitié d'apparence solide se fragilise dès lors qu'entre en scène la belle Mona.

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© Ad Vitam

Mona est une jeune femme mystérieuse au visage doux et au regard mélancolique. Elle travaille dans une sandwicherie à la Gare du Nord de Paris, et repart chaque soir, en direction de la Picardie. Complètement épris de Mona, Clément lui rend visite chaque jour et espère passer du temps avec elle après son travail, ce qu'elle refuse systématiquement, de peur de rater son train. Désemparé, Clément demande conseil à son ami Abel, en lui avouant explicitement son amour obsessionnel et délirant pour Mona. D'abord inquiet, Abel accepte d'aider son ami à la séduire. Un soir, alors que Mona s'apprête à prendre son train pour rentrer dans la prison dans laquelle elle est incarcérée, Abel et Clément la retiennent, la prennent en otage, la contraignant alors de rester à Paris. Se forme alors un triangle des plus bizarres. Clément aime Mona, mais Mona ne l'aime pas. Abel veut aider son ami, mais succombe lui aussi au charme de la belle évadée. C'est le début d'une aventure dangereuse, dans laquelle Mona mène la danse.

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© Ad Vitam

Le scénario reprend le schéma narratif et la dimension tragi-comique des Caprices de Marianne d'Alfred de Musset. On glousse plus fort qu'on ne pleure ici, car on ne peut que rire de l'amour maladroit de Clément, de la nonchalance d'Abel, de nombreuses situations gênantes qui nous font sourire nerveusement, et d'un comique de situation parfois exagéré. Si le scénario peut sembler léger, le tout est très mesuré et le trio parfaitement équilibré. La course folle que mène chacun des personnages insuffle de l'élan au film porté par le rythme de ces coeurs troublés battant à la chamade. Le film repose sur ce trio fragile dont on s'éprend instantanément, incarné brillamment par le réalisateur lui-même et ses acolytes Vincent Macaigne et Golshifteh Farahani. Louis Garrel aurait d'ailleurs écrit ce film à partir du personnage central de Mona que Golshifteh Farahani lui aurait inspiré au temps de leur idylle. L'actrice perse est déconcertante et éblouissante dans ce rôle qui lui sied à merveille. La performance de Vincent Macaigne est elle aussi excellente, à la fois drôle et touchante. Louis Garrel reste Louis Garrel, fidèle à lui-même. C'est à se demander si Abel n'est pas la caricature-même du réalisateur.

Un film un poil prévisible, certes, mais qui convoque tous les éléments fétiches de la personnalité cinématographique et intime de Louis Garrel. Un premier long métrage, selon moi, très réussi. Si vous aimez Garrel, le brin de folie de Macaigne, les films bien français et les scènes dans les cafés parisiens, alors courrez-y.

Charlotte

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