Archive for 29 octobre 2015

Expo : Elisabeth Vigée Le Brun

Grand Palais - Exposition jusqu'au 11 Janvier 2016.

     Je l'ai déjà dit, la peinture académique n'est pas vraiment mon Dada, mais j'ai remis le couvert après Fragonard, par curiosité. Quelle jolie surprise ! Ce mercredi soir, pour la nocturne, je me suis rendue au Grand Palais accompagnée d'un ami qui avait ses entrées. (Merci à sa Maman, d'ailleurs)

     Il y avait du monde et c'était peu commode, certes, mais je suis sortie avec le sentiment d'avoir appris bien des choses et surtout avec de quoi nourrir des réflexions sur le statut d'artiste, ses qualités à réussir telle ou telle chose - d'une manière différente de celle de ses pairs - sont-elles liées à un certaine sensibilité féminine ? ...  Bref, ne nous égarons pas.


D'abord, pour être honnête, d'Elisabeth Vigée Le Brun, je ne connaissais que ça :

Marie-Antoinette à la rose, 1783. Je connais cette œuvre là car elle était sur une carte postale que j'avais gardée d'une visite à Versailles et que je la trouve super-méga-ultra Kitsch.

Madame Vigée Le Brun et sa fille, 1789. Je connaissais cette œuvre pour l'avoir reproduite à 12-13 ans en guise de cadeau de Fête des Mères, pour la mienne donc... sachez que ce cadeau a très vite atterri à la cave. Nous repasserons plus tard sur la sensibilité de ma mère.

                                   

     Ce n'est pas très excitant, malgré les qualités picturales... Mais Mais Mais Mais (il y a assez de Mais ?) après l'exposition, j'ai tiré mon chapeau imaginaire !


     C'est une exposition chronologique (oui, normal pour une rétrospective), ainsi elle s'ouvre sur les paroles du père d'Elisabeth Vigée Lebrun, pastelliste :

" Tu seras peintre mon enfant, ou jamais il n'en sera

(Ok, la phrase sans aucune pression)

     On commence donc par les œuvres de ceux qui ont été impliqués dans son éducation artistique : son Papounet, Joseph Vernet, Jean-Baptiste Greuze ... On a ensuite ses œuvres de jeunesse, ce qui nous permet de voir les leçons qu'elle tire des conseils qu'on lui prodigue (en comparant les œuvres présentes, bien entendu), elle étudie aussi Rembrandt et Van Dyck - pas de jeu de mot, s'il vous plaît - . Elle fait les portraits de sa famille, de ses proches... On voit ainsi comment elle travaille le pastel, avec un brio hérité de son père, très certainement. Ce sont donc quelques pastels sur papier marouflé sur toile que l'on peut observer à proximité de ses peintures à l'huile. Pourquoi je dis cela ? Parce qu'on se rend alors compte que sa manière de travailler l'huile donne un rendu similaire à ses œuvres de pastel. Elle obtient des commandes et, de son art, elle commence à gagner sa vie, sa première œuvre reconnue est celle du portrait de sa mère, alors qu'elle n'a que 15 ans tout de même ! (Tu faisais quoi, toi, à 15 ans ? Hein ?)


     Ce qui est vraiment appréciable dans cette exposition, c'est de ne pas avoir joué la carte

 "REGARDEZ, c'est une femme et elle peint, c'est fou non ?"

     Non, en effet, pour ma part, j'ai trouvé qu'elle était présentée comme une artiste, d'abord, puis on lui accorde des sensibilités ou des subtilités sans dire que c'est parce que c'est une femme, mais parce qu'elle comprend certaine chose, à partir de sa propre expérience : la maternité par exemple, elle la représente et la retranscrit de manière délicate, car elle est mère aussi, mais après tout, toutes les femmes ne sont pas mères !

     Femme à l'intelligence sociale certaine, elle a su tisser des relations avec les gens qui comptaient et qui lui permettaient de vivre de ses œuvres. Son mariage avec Jean-Baptiste Pierre Le Brun n'a pas été le plus heureux des mariages, peut-être, mais il a servi sa carrière, puisque ce denier était marchand d'art, il a donc aussi été son agent. Elle a, selon moi, bien ancrer son statut d'artiste d'une manière affirmée : par l'autoportrait, elle s'est souvent représentée en artiste, avec ses pinceaux, et pas seulement en tant que mère, certains ont évoqué du narcissisme, puisqu'elle était jolie, mais je pense plutôt que c'était une manière de profiter de son joli minois pour se représenter en peintre. (théorie, hypothèse, quand tu nous tiens !)

     Force de caractère, sans doute, après la Révolution Française, elle est partie de la France avec sa fille, (sans mari, la coquine !) - vous imaginez bien que faire les portraits de membres de la cour n'était pas un métier très en vogue... - Elle a su trouver grâce auprès des nobles, princesses et reines des différentes cours d'Europe : Italie, Autriche, Russie ...


     Cette exposition n'est pas juste une galerie de portraits, non, la manière dont c'est fait... c'est comme faire un voyage, d'œuvre en œuvre, dans l'album de la vie de l'artiste. L'exposition  répond aux questions que l'on se pose (et j'aime ça), on a même le droit à une carte de son périple lors des années d'exil de notre chère Elisabeth Vigée Le Brun.

     Pourquoi ce n'est pas qu'une galerie de portraits ?

  • Parce que de tableau en tableau, de salle en salle, on nous propose de voir l'émulation féminine, comment travaillaient les autres artiste peintres femmes, puisque même si c'était un peu compliqué à l'époque, elle n'était pas la seule artiste féminine ! Et on peut voir les différentes approches du portrait, du traitement de la matière picturale de la part des autres artistes comme Adélaïde Labille-Guiard.
  • Si on regarde au-delà des visages, on peut voir l'évolution des modes vestimentaires à travers les décennies puisqu'Elisabeth Vigée Le Brun a peint pendant plus de 70 ans. On note la mode à l'Orientale (Turque), avec des femmes qui posent en vêtement de sultan, on voit les différents styles de robes, l'influence de Marie-Antoinette en la matière, puisque même si son portrait en robe d'intérieur a fait scandale (Non mais oh ! On ne peint pas la Reine en culotte), il n'empêche que d'autres femmes se sont faites représentées de la sorte ! #followers.
  • Outre la mode à travers le temps, on la voit aussi selon les cours d'Europe, on voit les subtilités de la mode Habsbourgeoise (noire), par rapport à la mode autrichienne ou Russe (beaucoup, beaucoup de broderie).
  • Si la mode était aussi à la fantaisie, beaucoup se faisaient représenter en tenue romaine ou antique. #tropdeSwag (d'ailleurs, on en parle ou pas des bandeaux sur la tête en mode le retour de la Momie (ici)? )
  • On voit aussi que l'artiste a fait son temps, au début du 19ème siècle, elle a continué à faire ce qu'elle faisait de mieux, sans faire sentir d'essoufflement de carrière, mais on perçoit que si son art et son brio n'avait point faibli, en revanche, la société avait changé et sa mort lui a peut-être permis de ne pas connaître une fin de carrière tragique dans la misère. #artistedéchueoubliée
C'est une belle exposition, mais ... chipotons un peu par plaisir :
  1. Il y a, à mon goût, un poil trop d'œuvres, il aurait peut-être fallu restreindre encore la sélection pour aérer certaines salles (surtout celles de l'exil) et mieux apprécier les tableaux.
  2. La salle sur les autres artistes féminines, excellente idée, mais pourquoi pas plus d'œuvres d'Adélaïde, la "rivale" ? Ou alors plus d'explications sur la présence des autres artistes qui ne sont pas bien introduites dans l'exposition ?
  3. Petit point de détail : ce n'était pas très clair sur l'histoire de son mariage, on nous dit que le mari demande le divorce après la Révolution Française et à la fin de l'exposition, il est fait mention du mari comme s'il ne s'était rien passé *. J'ai du aller voir sur Wikipédia pour comprendre qu'à son retour à Paris elle était retournée chez son mari dont elle avait divorcé. #niVuniConnuJetembrouille.
  4. Puisqu'elle faisait des portraits et qu'elle en a fait dans différents pays ... la physionomie, ça la connaît, il est fait mention de son habileté à harmoniser certains traits sans perdre de la ressemblance, pour flatter les égos. Pourtant, il n'est rien dit sur les physionomies des membres des autres cours d'Europe, pourtant j'ai bien vu que les  Russes étaient bien plus canons que les autres!

* Je relève cela parce que c'est dans l'exposition qu'on nous en parle, alors qu'on soit concis. #PsychoRigide

Marie

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E. Vigée Le Brun - Hubert Robert, 1788.

E. Vigée Le Brun - Portrait de l'artiste avec sa fille, dit "la Tendresse maternelle", 1786.

E. Vigée Le Brun - Julie Le Brun en baigneuse, 1792.

E. Vigée Le Brun - La Comtesse Johann Nepomuk Josef de Longueval von Bucquoi, née Maria Theresia von Paar, 1793.

   

E. Vigée Le Brun - La princesse Anna Alexandrovna Golitzyna, v. 1797.

E. Vigée Le Brun, Jeune femme, dite Léontine de Rivière, 1831.

                                                                             

FLASH : Dans cette expo on voit les aïeux du selfie et d'Instagram.

     

On a toute un John

Qui est John

C’est n’est pas juste un mec, non, c’est juste l’homme de ta vie. - Enfin, sur papier.

     Il semble répondre à plus de critères que tu t’étais fixé dans une liste imaginaire, oui, celle de l’homme de tes rêves. John, c’est celui avec qui tu t’es imaginée vivre, avoir un chien - un bouvier d’Appenzell pour ma part -, un appart, avec qui tu brunches le dimanche sur votre petite terrasse. C’est celui avec qui tu t’es imaginée faire le ménage comme couple trop mignon qui finit par s’embrasser entre les bulles de produit d’entretien. Bref, John, c’est l’homme que tu veux. Tu le connais, tu l’as même déjà embrassé, et peut-être même plus encore (coquine), t’es même sortie avec lui ! Mais en fait c’était dans ta tête, c’était dans ton cinéma dont tu es la seule à avoir acheté une place pour voir ce film qui n’existe que dans tes Chimères.

     Oui, je dis sur papier car dans les faits, dans la vraie vie, John est indisponible, peu importe les raisons qu’il t’a donné : trop de travail, une copine, sentimentalement instable, pas les mêmes ambitions… toutes ces raisons et toi tu penses avoir LA solution magique pour que ça marche. Encore une fois, c’est dans ta tête, parce que “MERCI HOLLYWOOD”, tu penses être une exception et tu penses voir des signes qui te confortent dans cette direction car à chaque fois qu’il t’envoie un message, un mail, un snap ou je ne sais quoi d’autre, tu penses que c’est évident : tu dois t’accrocher.

     Mais c’est une Piñata en Adamantium (Si tu n’es pas fan de Marvel, clique ici pour comprendre) ! Tu auras beau frapper et frapper à coup de belles tenues, belles paroles, fausse distance, faux silence radio … John ne baissera jamais l’armure pour toi, et ne te fera jamais entrer dans sa pseudo-forteresse de solitude.

     Alors tu penses aller de l’avant, sauf que la loi universelle veut qu’à chaque fois que tu es sur le point d’apprécier quelqu’un d’autre que John, il revient dans tes stilettos (ou baskets) ou dans ta tête qui - entre nous - est un sacré foutoir. Peu importe la beauté, le génie, la personnalité du nouveau et les muscles de ses bras dans lesquels tu pourrais tomber, peut importe tout cela, puisqu’il n’est pas John.

     Il faut te faire une raison, John n’est pas pour toi, il n’est pas celui qu’il te faut, et surtout, il n’est qu’un tas de sel que tu prends pour du diamant, tant la lumière qui vient de tes yeux l’illumine. 

     Tu commences à rediriger cette lumière vers toi, du coup tu vois ce qu’il peut y avoir en dehors de cet ensemble de probabilités d’histoires communes inexistantes  appelé “John”. Il reste effectivement dans un coin de ta tête, mais un coin si sombre que tu arrives à voir cet autre gars…

Et c’est là que ton John change de nom et de visage… parce que t’es Masochiste !

PS : Un conseil, pour t'en sortir, deviens toi-même un John au féminin

Marie

Marie Logo

Louis Garrel et ses deux amis

Louis Garrel, on aime ou on déteste. Personnellement, je ne peux résister au charme de cet homme dont le jeu d'acteur et l'attitude nonchalante me séduisent grandement. Le jeune Garrel signe son premier long-métrage avec Les Deux Amis, coécrit avec Christophe Honoré et sorti en salle le 23 Septembre, un film qu'il juge lui-même de « typiquement français, dans la mesure où il est sentimental ». On le retrouve alors à la fois devant et derrière la caméra, puisqu'il incarne un des protagonistes du film. Mais qu'en est-il?

C'est l'histoire de deux amis, Clément et Abel, deux âmes errantes qui mènent des vies peu passionnantes dans la jungle urbaine qu'est Paris. Clément fait de la figuration de cinéma, tandis qu'Abel, jeune poète improvisé, travaille lui dans un garage. Clément est un coeur d'artichaut docile, maladroit à tendance dépressive, tandis qu'Abel est un bourreau des coeurs ténébreux et égocentrique. Cette amitié d'apparence solide se fragilise dès lors qu'entre en scène la belle Mona.

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© Ad Vitam

Mona est une jeune femme mystérieuse au visage doux et au regard mélancolique. Elle travaille dans une sandwicherie à la Gare du Nord de Paris, et repart chaque soir, en direction de la Picardie. Complètement épris de Mona, Clément lui rend visite chaque jour et espère passer du temps avec elle après son travail, ce qu'elle refuse systématiquement, de peur de rater son train. Désemparé, Clément demande conseil à son ami Abel, en lui avouant explicitement son amour obsessionnel et délirant pour Mona. D'abord inquiet, Abel accepte d'aider son ami à la séduire. Un soir, alors que Mona s'apprête à prendre son train pour rentrer dans la prison dans laquelle elle est incarcérée, Abel et Clément la retiennent, la prennent en otage, la contraignant alors de rester à Paris. Se forme alors un triangle des plus bizarres. Clément aime Mona, mais Mona ne l'aime pas. Abel veut aider son ami, mais succombe lui aussi au charme de la belle évadée. C'est le début d'une aventure dangereuse, dans laquelle Mona mène la danse.

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© Ad Vitam

Le scénario reprend le schéma narratif et la dimension tragi-comique des Caprices de Marianne d'Alfred de Musset. On glousse plus fort qu'on ne pleure ici, car on ne peut que rire de l'amour maladroit de Clément, de la nonchalance d'Abel, de nombreuses situations gênantes qui nous font sourire nerveusement, et d'un comique de situation parfois exagéré. Si le scénario peut sembler léger, le tout est très mesuré et le trio parfaitement équilibré. La course folle que mène chacun des personnages insuffle de l'élan au film porté par le rythme de ces coeurs troublés battant à la chamade. Le film repose sur ce trio fragile dont on s'éprend instantanément, incarné brillamment par le réalisateur lui-même et ses acolytes Vincent Macaigne et Golshifteh Farahani. Louis Garrel aurait d'ailleurs écrit ce film à partir du personnage central de Mona que Golshifteh Farahani lui aurait inspiré au temps de leur idylle. L'actrice perse est déconcertante et éblouissante dans ce rôle qui lui sied à merveille. La performance de Vincent Macaigne est elle aussi excellente, à la fois drôle et touchante. Louis Garrel reste Louis Garrel, fidèle à lui-même. C'est à se demander si Abel n'est pas la caricature-même du réalisateur.

Un film un poil prévisible, certes, mais qui convoque tous les éléments fétiches de la personnalité cinématographique et intime de Louis Garrel. Un premier long métrage, selon moi, très réussi. Si vous aimez Garrel, le brin de folie de Macaigne, les films bien français et les scènes dans les cafés parisiens, alors courrez-y.

Charlotte

Logo Charly

© Ad Vitam
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